05.10.2008
Midou : L'aventure d'une nuit
Midou a 25 ans.
Il est chômeur de luxe. Il ne veut pas suivre une carrière de salarié. Il veut créer sa propre boite. Il aime la musique. Il est sckizo. Il s'énèrve, fume, ne parles pas bcp, méfiant, désorganisé. Il aime faire la fête.
Aujourd'hui Midou a passé la journée chez lui dans sa chambre. Malgré le beau temps qu’il faisait, il a préféré rester au lit et regarder une bonne cinquantaine d’épisodes de sa série manga favorite. Sa chambre est un vrai capharnaüm. Ni ses parents, ni la femme de ménage n’ont le droit d’y entrer… même pas pour la ranger… ou plutôt surtout pas pour la ranger. On y trouve un peu de tout dans cette chambre : des boites de pizza dans lesquelles on pourrait trouver un ou deux morceaux tous moisis, des cannettes déformées avec lesquelles il s’amusait à jouer au basket-ball ou plutôt au basket-cans (c’est une nouvelle discipline qu’il a inventé pour passer ses longues soirées de glandage), des paquets de cigarettes de toutes les marques… Le linge sale jonche le parquet de la chambre et même sous son lit cachant une grande boite dans laquelle il met ses magazines automobile et de jeux vidéo et une ou deux revus érotiques qu’il a gardé depuis son passage à l’internat des classes préparatoires. A coté de la grande boite une plus petite… Sa boite noir comme il l’appelle… dans cette boite il cache tout ce qui est illicite au cas ou un de ses parents entre à l’improviste : des préservatifs, un paquet de papier à rouler, un gros morceau de cannabis, un calumet (sebsi), un petit bouquet de kif dont l’odeur se fait sentir dans toute la chambre dès que la boite est ouverte et une plaquette d’ecstasy que lui a procuré un ami à Marrakech l’été dernier.
Le soleil s’est couché depuis presque trois heures. Midou se sent fatigué et décide de sortir prendre l’air question de se dégourdir les jambes et s’acheter des cigarettes chez le détaillant du coin. C’est la fin du mois et il a claqué tout son argent de poche. Il sort du lit, enfile un jeans qui était juste à coté par terre. Se retourne et prend un t-shirt pondu au sommier de son lit, l’approche de son visage, le sent… aucune odeur apparente… alors il le met. Il se lève, s’étire puis avance vers le bureau pour prendre son blouson en cuir pondu au dossier de la chaise. Sur le bureau un magnifique pot-pourri tout coloré qui a l’origine était un verre de jus d’avocat à moitié vide mais qui avec le temps s’est transformé en un vrai miracle botanique. Il se dirige vers le placard. Un placard en bois massif tout rongé par les termites mais qui avait beaucoup de valeur à ses yeux. Il l’avait hérité de son grand père qui l’avait fabriqué de ses propres mains. Son grand père était menuisier. Midou ouvre la porte du placard pour chercher des chaussettes propres mais en vain… normal ! elles étaient toutes par terre… alors il décide de mettre ses baskets sans chaussettes. Il ouvre la porte de sa chambre qui était fermée à clef, sort puis la referme à double tour.
Destination le détaillant de cigarettes, ‘ba Omar comme on l’appelle dans le quartier vu son age avancé. Il se procure cinq cigarettes (des Marquise) les met dans la poche intérieur du blouson, en prend une, prend le briquet dans la petite poche du pantalon et allume cette maudite cigarette avec ferveur. Ca fait un bon bout de temps qu’il avait envie de fumer. Il papote encore un moment avec ‘ba Omar, la seule personne avec qui il aime discuter. Ils parlent un peu de tout et de rien, du temps qu’il fait, de la fourgonnette de police qui avait embarqué deux prostituées toutes bourrées un peu plus loin sur le boulevard et du mois de Ramadan qui vient de "finir". Ca le fait toujours rire cette expression qu’on n’utilise que pour le mois de Ramadan (Sala ramdane). Ca montre, d’après lui, l’hypocrisie d’un peuple qui, dès le début du mois, attend qu’il "finisse" tellement ils n’ont pas trop envie de jeûner mais ils y sont contraints.
Midou souhaite une bonne nuit à ‘ba Omar et commence à marcher à petits pas vers le parc… Un lieu sombre et dangereux à cette heure du soir où ne s’aventurent que les gens insouciants de nature comme notre héros et les tourtereaux en quête d’intimité, loin des regards des voyeurs et surtout loin des regards des gus (policiers mobiles ou vampires assoiffés de billets marrons). A peine a-t-il fait quelques mètres dans le parc qu’il entend retentir des hurlements de panique d’une fille ou plutôt d’une jeune femme en détresse. Il se tourne du coté des cris et aperçoit deux gars penchés sur une jeune femme qu’ils ont mis à terre. L’un d’eux la tient par les jambes et l’autre essaie de lui enlever son chemisier. Sans réfléchir une seconde, Midou jette sa cigarette, attrape une bouteille en verre délaissée à coté de l’allée, la casse contre un arbre et fonce sur les deux assaillants. Il n’y voit que du rouge, il frappe à gauche et à droite, il n’a pas peur de s’exposer, le seul sentiment qui le hante à cet instant précis est la haine, la haine envers cette vie, la haine envers l’humanité, la haine envers les injustices de ce bas monde… il touche grièvement l’un d’eux au visage… le gars blessé prend la fuite et l’autre ne peut que le suivre devant tant de haine et d’acharnement. La jeune femme est toujours allongée. Elle a perdu conscience.
Midou se penche vers elle pour essayer de la réanimer et en même temps refermer les boutons de son chemisier quand il s’aperçoit que c’est la dentiste. Une vague de froideur s’empare de tout son corps et il sent une larme couler sur sa joue. Après un court instant de vide, il se ressaisi et soulève sa dulcinée pour la porter chez elle. Il marche doucement tout en contemplant ce visage pur et angélique qu’elle a. C’est la première fois qu’il la voit d’aussi près.
Arrivé devant chez elle, il la dépose par terre dos contre le mur et cherche les clefs dans son sac à main. Apparemment les deux voyous n’en avaient pas pour son argent ni pour son téléphone portable qui étaient toujours là. Il ouvre la porte de l’appartement puis porte sa bien-aimée au lit. Il cherche sa chambre et quand il la trouve il est tout ébloui. Elle est si propre et bien rangée… une vraie chambre de princesse qui n’avait rien à voir avec sa chambre à lui. Il allonge sa princesse sur le lit, la déshabille et lui enfile son pyjama blanc avec des motifs roses qui était rangé dans son placard puis la couvre avec la couette qu’il a trouvé dans une caisse au pied du lit. Il explore pendant quelques secondes, du regard, la chambre puis s’assoit sur une pouf tout au fond. Il ne veut pas la quitter, en tout cas pas avant son réveil.
Les heures passent et Midou ne s’ennuie pas. Au contraire il nage en plein bonheur à être assis prêt d’elle, dans sa chambre, à la contempler. Elle était si douce, si belle, si pure… les premières lueurs de soleil commencent à pénétrer par la fenêtre et la dentiste se réveille… effrayée au début mais à la vue de son sauveur un sourire se dessine sur son visage comme un signe de reconnaissance et surtout parce qu’elle se sent en sécurité. Elle referme les yeux encore quelques minutes pour reprendre des forces et en les ouvrant, Midou n’était plus là… il est sorti sans faire de bruit pour la laisser se reposer et est rentrer chez lui.



